Le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a coanimé un briefing presse ce jeudi 8 janvier 2026 avec son collègue, le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko. Au centre de cet échange avec la presse : les avancées enregistrées dans le secteur de la justice.
Cette rencontre a permis au patron de la justice de dresser le bilan de ses actions depuis sa prise de fonctions et de présenter ses perspectives. À l’en croire, la lutte contre la spoliation des immeubles et des terrains constitue l’axe central de son action à la tête de ce ministère.
« Sans justice crédible, il n’y a ni paix durable, ni sécurité juridique, ni développement économique. Pour cela, j’ai tracé une méthode simple : la proximité, la fermeté et la fin de l’impunité. Cette méthode se traduit par un plan d’action structuré autour de cinq piliers stratégiques qui guident chacune de nos actions », a-t-il déclaré d’entrée de jeu.
Selon le ministre Ngefa, plus de 400 dénonciations ont déjà été reçues et traitées. Il a réaffirmé sa détermination à mettre un terme à la spoliation en République démocratique du Congo, un phénomène qui touche également les biens immobiliers de l’État. Il a notamment relevé que de nombreuses maisons appartenant à l’État ont été spoliées dans la commune de la Gombe.
Lutte contre la corruption et la spoliation
« La lutte contre la corruption a été l’une de nos priorités. Nous avons reçu plus de 400 dénonciations émanant aussi bien des institutions publiques, y compris les ministères, que des particuliers. Ces dossiers sont en cours de traitement, et près de 30 % concernent les biens fonciers et immobiliers de l’État. À cet égard, 13 injonctions emblématiques ont été formellement adressées au procureur général près la Cour de cassation dans des dossiers sensibles liés à la spoliation immobilière et à la fraude. Il y a également eu des injonctions concernant la fraude minière », a-t-il précisé.
Le ministre a assuré qu’aucun acteur du secteur judiciaire ne sera épargné dans la lutte contre la spoliation et la corruption. Profitant de l’occasion, il est revenu sur un cas emblématique impliquant un avocat ayant spolié une mère de famille de sa maison.
« J’ai eu des contacts avec les différents bâtonniers afin que tous ceux qui participent à la chaîne criminelle soient tenus pour responsables. Avocats, huissiers de justice et autres membres du personnel judiciaire impliqués dans ces pratiques n’ont pas été épargnés. Des propriétaires injustement dépossédés ont été réinstallés après plus de dix ans de procédure. Récemment, le barreau a annoncé la radiation d’un avocat qui avait arraché une maison à une pauvre maman. J’ai eu plusieurs réunions avec le bâtonnier à ce sujet », s’est-il réjoui.
Pour lutter efficacement contre la spoliation, le ministère de la Justice a mis en place un cadre permanent de concertation intersectorielle avec les ministères de l’Urbanisme et Habitat, des Affaires foncières, des Travaux publics et Infrastructures, ainsi qu’avec l’Agence de protection du patrimoine immobilier de l’État.
« Au niveau gouvernemental, il existe désormais une action conjointe pour combattre ce phénomène. La majorité des affaires pendantes devant les cours et tribunaux concerne la spoliation foncière. Je me réjouis également de la promulgation de la nouvelle loi foncière. Pour la première fois, cette loi consacre la responsabilité pénale individuelle des conservateurs des titres immobiliers et d’autres agents impliqués dans la chaîne de la spoliation », a indiqué le ministre.
Dans la même veine, Guillaume Ngefa a évoqué la collaboration étroite avec le Conseil supérieur de la magistrature afin de sanctionner tous les magistrats véreux :
« Sur le plan disciplinaire, plusieurs dénonciations émanant des justiciables et des avocats ont été traitées. Nous avons enregistré 324 dossiers ouverts à charge des magistrats. Certains ont écopé de sanctions disciplinaires, d’autres ont été condamnés pénalement. Il y a eu des révocations et des poursuites pénales, traduisant une rupture nette avec la culture de l’impunité ».
Lutte contre l’impunité et les crimes graves
Abordant la lutte contre l’impunité des crimes graves, le ministre de la Justice est revenu sur l’ordonnance présidentielle déclarant nuls et de nul effet tous les actes administratifs, juridiques et judiciaires posés par le M23.
« Nous sommes en guerre. Une avancée majeure a été réalisée avec la promulgation de cette ordonnance qui rend juridiquement inexistants tous les actes émanant du M23. Lorsque la paix reviendra, aucun de ces actes ne sera reconnu. Il s’agit d’une mesure forte de protection de notre souveraineté », a-t-il souligné.
Il a poursuivi en indiquant avoir donné une dizaine d’injonctions emblématiques aux juridictions civiles et militaires pour la poursuite des auteurs de crimes graves.
« Ces injonctions ont concerné des personnes que l’opinion considérait autrefois comme intouchables. Désormais, toute personne qui commet une infraction, quel que soit son rang, devra répondre de ses actes. Cette dynamique a été renforcée par la diplomatie judiciaire, notamment par le traitement de commissions rogatoires en attente depuis plus de onze ans », a-t-il expliqué.
Un autre chantier majeur du ministre concerne la régularité de la situation carcérale. Depuis son arrivée à la tête du ministère, sur près de 800 dossiers examinés, 270 détenus ont bénéficié d’une libération conditionnelle strictement encadrée par la loi.
Sur le plan de la chaîne pénale, le ministre s’est félicité de la formation de 100 officiers de police judiciaire. Il a également cité la dépolitisation de son administration, l’abrogation du permis de culte jugé illégal, ainsi que l’accélération des procédures d’octroi des personnalités juridiques, de délivrance des certificats de nationalité et d’autres documents administratifs.
Dans le cadre de la justice de proximité, Guillaume Ngefa a indiqué avoir déjà visité six provinces afin d’échanger directement avec les populations sur les problématiques locales liées à la justice.
Pour l’année 2026, le ministre a annoncé que l’accent sera mis sur la nouvelle politique nationale de réforme de la justice. Il a notamment évoqué la signature imminente d’une ordonnance-loi portant création d’un Tribunal pénal économique et financier, l’intensification des poursuites contre la corruption et les crimes graves, ainsi que le lancement des travaux de construction et de réhabilitation des infrastructures judiciaires.
« En conclusion, je dirais que je ne fais pas du populisme judiciaire. La justice est un lieu sacré. Il faut appliquer la loi et mettre en œuvre la politique gouvernementale telle que voulue par le Président de la République et la Première ministre. Je ne parlerai que lorsque cela sera nécessaire », a-t-il conclu.









