Parti de Goma le 1er mai 2026 avec un vélo et un message de paix, le cycliste congolais Miguel Masaisai n’atteindra jamais Rabat. Son périple de près de 14 000 kilomètres, baptisé Pedals for Peace, s’est arrêté le 18 septembre à Kabos, près d’Ouesso, dans le nord de la République du Congo, à une dizaine de kilomètres de la frontière camerounaise.
Originaire de Goma, ville occupée par la coalition AFC-M23 soutenue par le Rwanda, Miguel Masaisai avait choisi le cyclisme pour porter un plaidoyer en faveur de la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo. Son objectif était de relier la capitale du Nord-Kivu à Rabat, au Maroc, en traversant 17 pays africains et en multipliant les rencontres avec les jeunes, les sportifs et les communautés rencontrées sur la route.
Le parcours représentait près de 14 000 kilomètres à vélo. Depuis Goma, Miguel devait traverser les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de Lomami, du Kasaï Oriental, du Kasaï, du Kasaï Central, du Kwilu, du Kwango, du Maï-Ndombe et de Kinshasa, avant de franchir le fleuve Congo vers Brazzaville. Son itinéraire devait ensuite le conduire à travers la République du Congo, le Cameroun, le Nigeria, le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Sénégal, la Mauritanie puis le Maroc.
Au fil de cette traversée, le jeune cycliste de 23 ans affrontait des obstacles bien au-delà de la distance : les reliefs volcaniques, des montagnes, les pistes du Grand Kasaï, les longues routes de savane du Bandundu, les forêts équatoriales du bassin du Congo, les abords du parc national de Nouabalé-Ndoki, ainsi que le franchissement du Lualaba et du fleuve Congo entre Kinshasa et Brazzaville. Les fortes chaleurs, les pluies, les pannes mécaniques et les démarches pour obtenir les visas faisaient également partie du défi qu’il avait accepté de relever.
Après 67 jours de route et plus de 6 500 kilomètres parcourus à travers la RDC, Miguel était arrivé à Kinshasa le 5 août. Le 6 septembre, il avait traversé le fleuve Congo pour rejoindre Brazzaville, puis poursuivi son voyage par Gamboma, Oyo et Ouesso en direction du Cameroun. Sa dernière étape connue le conduisait vers Kabos, à environ 10 kilomètres de la frontière de Ntam.
Selon les informations recueillies sur place, son vélo était tombé en panne. Alors qu’il se rendait en taxi vers un atelier de réparation afin de reprendre la route, le véhicule a été impliqué dans un accident de circulation. Miguel Masaisai et les autres occupants ont perdu la vie. Les circonstances précises de l’accident restent établies par les autorités congolaises.
À Goma tout comme à Kinshasa, sa disparition a provoqué une vive émotion parmi les sportifs, les organisations de jeunesse et les habitants qui suivaient quotidiennement son aventure. Pour beaucoup, Miguel Masaisai restera le jeune homme qui avait décidé de répondre à la guerre non par les armes, mais par 14 000 kilomètres de pédales pour rappeler qu’une génération de Congolais continue de réclamer la paix.









