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Le pillage nocturne de Lomera : le Rwanda et le M23 transforment le Lac Kivu en autoroute minière

Alors que le Président rwandais Paul Kagame affirmait le 5 février dernier, lors du dialogue national « Umushyikirano », que son pays ne tirait aucun profit des richesses congolaises, la réalité sur les rives du lac Kivu raconte une autre histoire. À Lomera groupement de Luhihi, dans le territoire de Kabare, un ballet nocturne d’embarcations motorisées sous escorte militaire rwandaise vide systématiquement le sous-sol congolais, laissant derrière lui famine, violence et dépossession.

Lomera, autrefois un site minier porteur d’espoir pour les communautés locales, est devenu le théâtre d’un crime économique à huis clos. Ici, le silence de la nuit est rompu par le vrombissement de plus de 50 « boats » (pirogues motorisées) qui accostent chaque soir.

Leur cargaison ? Des tonnes de sables minéralisés. Leur destination ? Le Rwanda voisin.

Fermé pour les Congolais, ouvert pour le pillage systématique made in Rwanda, un paradoxe qui étonne plus d’un observateur et qui révolte une majorité d’entre eux.
L’indignation à Lomera naît d’une contradiction flagrante. Les autorités officielles avaient ordonné la fermeture du site minier pour « assainissement ». Pourtant, depuis que la rébellion du M23, appuyée par l’armée rwandaise (RDF), étend son influence vers le Sud-Kivu, l’extraction n’a jamais été aussi intense.

« C’est une trahison » s’insurge un notable local sous couvert d’anonymat.

Et d’ajouter

 « On nous interdit de travailler au nom de la loi rebelle, mais on laisse des militaires étrangers superviser le vol de notre sable chaque nuit. »

Plus grave encore : aucun autochtone n’est admis sur le site. L’exploitation est strictement réservée à des réseaux opaques. Les enfants du village, poussés par la faim, tentent parfois de ramasser les résidus de sable tombés au bord de l’eau. La réponse de l’armée rwandaise est sans appel : des tirs à balles réelles sur les pauvres population sans arme.

L’enquête révèle un montage politico-financier orchestré par les instances du M23. Selon plusieurs sources locales concordantes, le « gouverneur » rebelle Patrick Busubwangwi serait l’architecte d’un plan de cession du site de Lomera à des partenaires chinois.
Cette transaction se ferait au mépris total des droits de propriété des habitants riverains. Sans aucun accord préalable, ni consultation des propriétaires terriens, le site est « vendu » à des intérêts étrangers contre des appuis logistiques ou financiers à la rébellion.

Ce schéma rappelle celui déjà observé à Rubaya (territoire de Masisi), où le contrôle des mines de coltan est le moteur principal de l’offensive rebelle.

Le 5 février à Kigali, Paul Kagame a balayé d’un revers de main les accusations de pillage : « Si c’était le cas, le Rwanda serait déjà extrêmement riche », a-t-il déclaré.
Pourtant, les faits sont têtus. Les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations Unies (notamment le rapport S/2024/432) documentent précisément comment le Rwanda sert de plaque tournante au blanchiment des minerais de l’Est de la RDC. À Lomera, comme à Luhihi (Kabare), Twangiza ou Rubaya, la stratégie est identique :
Conquête militaire des zones riches en minerais, éviction des exploitants artisanaux locaux et des coopératives congolaises, mise en place de corridors sécurisés par la RDF pour l’évacuation des produits vers le Rwanda.

À Lomera, l’utilisation de la voie lacustre permet d’échapper à tout contrôle de l’administration congolaise, le lac Kivu devenant une zone de non-droit où transitent cassitérite, Or, coltan et terres rares.

L’impact social est dévastateur. Privés de leur unique source de revenus et de l’accès à leurs terres, les habitants de Lomera et des localités environnantes sont frappés par une famine aiguë. Les marchés locaux sont vides, et l’économie circulaire qui gravitait autour du site minier s’est effondrée.
Pendant que les embarcations nocturnes s’enfoncent dans l’obscurité vers les côtes rwandaises, chargées des richesses du Congo, Lomera s’enfonce dans la misère. La guerre d’agression menée par le M23 et ses alliés montre ici son véritable visage : celui d’une prédation économique systématique déguisée en revendications politiques.

John SHINDANO

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