Après la sortie médiatique du président de l’Assemblée provinciale du Kasaï Oriental, devenue virale sur les réseaux sociaux, la polémique enfle. Willy Muya Mukendi attribue la faible mobilisation des recettes provinciales à une réalité économique qu’il juge préoccupante : les motocyclistes seraient, selon lui, les seuls acteurs d’un secteur actuellement viable. Une déclaration qui fait des vagues bien au-delà des frontières provinciales.
À l’échelle locale, nationale et même internationale, les réactions se multiplient. Pour certaines voix critiques, cette sortie médiatique pourrait s’apparenter à une manœuvre politique visant à dédouaner l’exécutif provincial de ses responsabilités. Trois ans de faible mobilisation, trois ans de plaintes et, toujours selon ces critiques, les mêmes animateurs aux commandes de plusieurs services générateurs de recettes. Dès lors, une question s’impose : où sont passées les recettes que la province est censée mobiliser pour financer sa politique de développement ?
Cette controverse n’a pas laissé indifférent un ancien directeur général de la DGRKOR, qui a requis l’anonymat.
« Le Kasaï Oriental dispose de plusieurs actes générateurs de recettes, notamment la taxe sur la consommation perçue aux postes de péage de Lubilanji, Ditutu, Tshibombo et Kanshi. À cela s’ajoute la taxe d’embarquement, fixée à 5 dollars américains par passager et par compagnie. Autant de sources potentielles de revenus qui remettent en question l’idée selon laquelle la province ne pourrait compter que sur les motards pour alimenter ses caisses », affirme-t-il.
Et d’ajouter :
« Le Kasaï Oriental ne manque pas d’argent ; c’est plutôt un problème de rigueur et d’honnêteté dans la manière de faire les choses ».
Il s’interroge également : si la première institution provinciale constate une faible mobilisation des recettes, qu’a-t-elle entrepris pour identifier les actes générateurs qui fonctionnent mal et mettre en place des mécanismes correctifs efficaces ?
Une autre interrogation vient corser le débat : comment l’Assemblée provinciale a-t-elle pu voter un budget si les recettes devaient finalement reposer essentiellement sur les motocyclistes ? La taxe communément appelée « jeton » y figure-t-elle explicitement ? Et surtout, qu’est-il advenu des autres actes générateurs de recettes ?
Pour cet ancien responsable, les recettes non fiscales reposent sur plus de 50 actes générateurs, qui auraient permis, au cours des années antérieures, de mobiliser plus de 700 millions de francs congolais, voire davantage. Si les recettes sont aujourd’hui en baisse, il estime que c’est précisément sur les causes de cette contre-performance que l’Assemblée provinciale devrait se pencher, plutôt que de se limiter au constat. Qu’en est-il des impôts ? À titre d’exemple, l’impôt sur les véhicules prélevé par la DGRKOR mérite également d’être évoqué.
Comme si la controverse ne suffisait pas, une autre zone d’ombre apparaît : celle des divergences entre les données avancées par le député provincial Hilaire Ntendayi et les déclarations du président de l’Assemblée provinciale, Willy Muya Mukendi. Deux discours, des chiffres qui semblent diverger et une question qui demeure : qui dit vrai ?
Au-delà des déclarations, les chiffres et les mécanismes de collecte devront parler. Le Kasaï-Oriental a-t-il un problème de recettes ou un problème de gouvernance dans leur mobilisation ? Le débat est lancé.
Affaire à suivre.
Depuis Mbujimayi Gédéon kabamba miteo









