Honorer la mémoire des millions de morts et de toutes les victimes des crimes commis en République démocratique du Congo, faire vivre leur souvenir et réaffirmer l’engagement afin que plus jamais de telles tragédies ne se reproduisent : tel est le sens de la commémoration, en République démocratique du Congo, ce dimanche 2 août 2026, de la Journée nationale du GENOCOST sous le leadership du Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. A Kinshasa tout comme dans les 25 autres provinces, la voix du peuple congolais a été entendue.
Contraction de « Geno » pour génocide et de « Cost » pour coût en anglais, le terme GENOCOST désigne le génocide congolais lié à l’exploitation des richesses du Congo à des fins économiques.
Cette journée, initiée par le gouvernement de la République, vise à rendre hommage aux dizaines de millions de Congolais morts à la suite des guerres et autres conflits armés qui endeuillent le pays depuis près de trois décennies. Afin que ces crimes ne tombent pas dans l’oubli, cette journée du 2 août rappelle, selon le gouvernement, les souvenirs douloureux des atrocités commises en RDC, dont le principal mobile demeure l’exploitation illicite des ressources naturelles du pays.
À l’occasion de la commémoration de la quatrième année du GENOCOST en référence à l’année de l’adoption, par les deux chambres du Parlement, à savoir l’Assemblée nationale et le Sénat, ainsi que de la promulgation par le chef de l’État Félix Tshisekedi de la loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la réparation des victimes , il est prévu, conformément à l’une des recommandations formulées par le Président de la République lors d’un Conseil des ministres, une mobilisation nationale. Cette mobilisation se déroulera aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays afin de marquer cette journée dans toutes les provinces ainsi qu’au sein des ambassades de la RDC, en réunissant citoyens et partenaires autour d’espaces de dialogue, de mémoire et de paix.
Reconnaissance internationale du GENOCOST : la bataille diplomatique se poursuit
Cette commémoration intervient dans un contexte où la République démocratique du Congo s’est engagée dans une bataille diplomatique, accompagnée d’une campagne visant à faire reconnaître au niveau international l’existence d’un « génocide économique au Congo ». La RDC avait déjà porté cette cause en 2025, notamment à Genève lors de la 60ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, puis plus récemment en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, à travers des événements parallèles (« side events ») consacrés à la reconnaissance internationale des génocides commis en République démocratique du Congo. Kinshasa entend intensifier ces initiatives cette année afin de faire entendre sa voix dans les grands forums internationaux.
C’est dans ce contexte qu’un nouveau Conseil consultatif international a été mis en place afin d’examiner et de contribuer à la reconnaissance de trois décennies d’atrocités commises en République démocratique du Congo.
Coprésidé par la défenseure congolaise des droits humains Julienne Lusenge et Sir Howard Morrison KC, considéré comme l’un des plus grands spécialistes britanniques du droit pénal international et du droit international humanitaire, ce Conseil apportera son expertise à deux institutions congolaises : le Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles (FONAREV) et la Commission interministérielle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR), dans le cadre de leurs efforts en faveur de la justice transitionnelle au bénéfice du peuple congolais.
S’appuyant sur les conclusions du Rapport Mapping des Nations unies de 2010 ainsi que sur les violations récentes des droits de l’homme commises dans le cadre du conflit en cours dans l’est de la RDC, le Conseil apportera son expertise sur les processus juridiques et diplomatiques nécessaires à la reconnaissance officielle des atrocités perpétrées au cours des trois dernières décennies et à l’établissement des responsabilités de leurs auteurs. Le Conseil est composé de personnalités de premier plan issues des domaines du droit international, de la diplomatie et du monde universitaire.
Dans le même esprit, lors de sa réunion inaugurale tenue le mois dernier à Londres, au Royaume-Uni, les membres du Conseil ont également examiné la procédure engagée par la République démocratique du Congo devant la Cour internationale de Justice (CIJ). Kinshasa a saisi cette instance d’une requête accusant le Rwanda d’avoir violé la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948. Tout en soulignant que cette démarche demeure indépendante et distincte de la procédure judiciaire en cours, les membres du Conseil ont indiqué qu’ils joueront un rôle essentiel en conseillant le FONAREV et la CIA-VAR sur les actions à entreprendre au fur et à mesure de l’évolution de cette procédure devant la juridiction internationale.
Des avancées dans la dynamique interne
En complément de son instruction donnée lors de la 53ᵉ réunion du Conseil des ministres, portant sur l’élaboration d’une stratégie globale et progressive de plaidoyer en faveur de la reconnaissance internationale du GENOCOST, le Président de la République, Félix Tshisekedi, avait insisté sur la nécessité de diffuser ce narratif auprès de toutes les couches de la population en mobilisant tous les canaux de communication possibles, notamment à travers sa vulgarisation dans les quatre langues nationales.
Dans le souci de pérenniser cette démarche, la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, le ministre d’État, ministre de la Formation professionnelle, ainsi que la ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation technologique ont été appelés à engager une réflexion commune afin d’intégrer cette mémoire dans le système éducatif, de la maternelle à l’université. L’objectif est de faire en sorte que cette partie de l’histoire nationale soit pleinement connue, enseignée et transmise aux générations présentes et futures.
Si le processus de traduction du narratif dans les quatre langues nationales est toujours en cours, les ministères concernés ont déjà commencé à mettre en œuvre les instructions du chef de l’État. À travers le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, le gouvernement de la République démocratique du Congo a ainsi franchi une nouvelle étape dans la stratégie nationale de plaidoyer pour la reconnaissance internationale des génocides commis en RDC. Le narratif du « GENOCOST » sera intégré dans les programmes de l’enseignement primaire et secondaire afin de renforcer la mémoire collective, le patriotisme et la citoyenneté auprès des jeunes générations.
C’est notamment l’un des principaux enseignements de l’atelier de formation des formateurs centraux organisé à Kinshasa, du 9 au 16 mai 2026, avec l’appui de la Commission interministérielle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR) ainsi que du Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV). Cette session de formation a permis aux inspecteurs d’approfondir plusieurs thématiques liées à la justice transitionnelle, au récit du génocide congolais ainsi qu’au plaidoyer en faveur de sa reconnaissance internationale.
Le Parlement congolais déjà mobilisé
Au mois d’octobre dernier, les députés nationaux ont adopté une recommandation portant reconnaissance du crime de génocide commis en République démocratique du Congo, désigné sous l’appellation « GENOCOST ». Par cet acte, l’Assemblée nationale a estimé qu’il était urgent de poser un acte historique et moral de reconnaissance nationale à vocation internationale.
Cette démarche faisait suite à l’appel lancé par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, lors de la cérémonie de commémoration du génocide congolais perpétré à des fins économiques (GENOCOST), organisée samedi 2 août 2025 au Mémorial de Kinshasa.
« Il est solennellement reconnu un crime de génocide commis dans l’Est de la République démocratique du Congo, en sigle « GENOCOST », contre les populations civiles, en violation du droit international humanitaire et des droits humains fondamentaux », peut-on lire dans le texte adopté par la Chambre basse du Parlement.
Par cette recommandation, l’Assemblée nationale a notamment enjoint le Gouvernement à instituer une Journée nationale de commémoration du GENOCOST, à ériger un Mémorial national du GENOCOST et à initier une vaste campagne de sensibilisation, de mémoire et de justice transitionnelle. Selon le même document, cette recommandation devait être transmise au Président de la République, au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à la Cour pénale internationale ainsi qu’au Secrétaire général des Nations unies.
Ces différentes initiatives engagées par les autorités congolaises sont perçues comme des étapes essentielles vers l’objectif de la reconnaissance internationale du GENOCOST. Considérant que l’ouverture des frontières de la RDC lors du génocide rwandais de 1994 constitue l’une des causes majeures de l’instabilité persistante dans l’est du pays, les autorités congolaises poursuivent leurs efforts diplomatiques afin d’obtenir une reconnaissance internationale des atrocités commises sur le territoire national. Lors de la commémoration de l’année dernière, en 2025, le Président Félix Tshisekedi avait d’ailleurs rappelé à la communauté internationale son devoir moral et politique de soutenir la démarche entreprise par la République démocratique du Congo en faveur de la reconnaissance internationale du génocide congolais.
La date du 2 août, qui marque le début de la deuxième guerre du Congo en 1998, a été retenue comme Journée nationale de commémoration des victimes des violences massives ayant endeuillé le pays depuis plus de trois décennies, ainsi que d’hommage à celles et ceux qui leur ont porté assistance. Cette consécration tire son fondement de l’article 28 de la loi du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits ainsi que des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.
Rappelons que la Commission interministérielle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR) ainsi que le Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV) ont été institués par cette même loi de décembre 2022. Ces deux institutions demeurent aujourd’hui des acteurs majeurs dans la mise en œuvre de cette politique de mémoire, de réparation et de justice transitionnelle.









