À l’Université des sciences de l’information et de la communication, le chef de travaux Akaa Lukangi a soutenu, le 4 avril 2026, une thèse marquante sur la communication politique et la révision constitutionnelle en RDC, mettant en lumière les réactions contrastées du public face à ce débat sensible.
Une réalité souvent mal comprise
L’étude rappelle d’abord une évidence juridique : la révision constitutionnelle n’est ni un crime ni une anomalie, mais un mécanisme normal prévu par l’article 218 de la Constitution congolaise. Pourtant, en Afrique comme en RDC, elle intervient fréquemment à la fin des seconds mandats présidentiels, alimentant soupçons et tensions politiques.
Des cas emblématiques sont évoqués, notamment sous Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, où les projets de révision ont suscité de vifs débats dans l’espace public.
Communication politique : un levier décisif
La thèse établit un lien fort entre la révision constitutionnelle et la communication politique. Si le projet naît dans les sphères du pouvoir, son acceptation dépend largement de sa diffusion et de son interprétation par le public.
Cette communication, loin d’être neutre, est décrite comme militante et structurée autour de médias variés, de messages multiples et d’un public hétérogène.
Cinq réactions du public identifiées
À partir d’enquêtes qualitatives et quantitatives menées à Kinshasa, le chercheur identifie cinq modes de prise de position :
- Adhésion (faible – 3 %)
- Approbation
- Approbation conditionnelle
- Désapprobation (majoritaire – 50 %)
- Sans position (21 %)
Le résultat majeur : la désapprobation domine largement, traduisant une méfiance généralisée face aux initiatives du pouvoir.
Une nouvelle théorie proposée
En croisant plusieurs écoles de pensée (Francfort, Yale, Columbia, Birmingham), Fabrice Akaa Lukangi élabore une théorie des modes de prise de position, reliant chaque réaction du public à un mode de réception du message (adhésion, négociation, opposition ou ambivalence).
Des pistes pour éviter les tensions
L’étude formule des recommandations clés :
- Privilégier des approches participatives et inclusives plutôt que des initiatives imposées par le pouvoir ;
- Associer la société civile pour renforcer la légitimité ;
- Adapter le message aux attentes sociales réelles ;
- Éviter le timing sensible des fins de mandat, souvent perçu comme suspect.
Un enjeu démocratique majeur
Pour le chercheur, ignorer ces paramètres expose le pouvoir à un rejet massif. La révision constitutionnelle ne dépend pas seulement de sa légalité, mais surtout de la manière dont elle est perçue, expliquée et débattue.
Signalons que cette thèse a comme promoteur le professeur émérite Paul Okomba Wetshisambi. Elle constitue ainsi une contribution importante à la compréhension des dynamiques démocratiques en RDC.









