Monsieur Mathieu Ntolo Mutatayi est un intellectuel du Renouveau Charismatique dont la parole s’est forgée à l’école du sanctuaire, au cours de ses années de formation au sacerdoce. Ayant répondu à l’appel du Seigneur pour le servir au cœur des réalités du monde, il offre aujourd’hui l’exemple d’une vie de couple rayonnante et d’un engagement citoyen tout entier habité par l’Évangile.
Son Exhortation, rédigée dans cet esprit de coresponsabilité que l’Église reconnaît à ses fils, est le témoignage merveilleux d’un cœur resté profondément attaché à la dignité du ministère des évêques.
Par ce texte, il rappelle que chaque baptisé est, par sa foi, une sentinelle de la Vérité divine et un rempart pour le salut de notre Nation.
INTRODUCTION :
La Voix du Laïcat au service du Bien de l’ÉgliseAmour de la vérité, Amor Veritatis! C’est par ce souffle de vie, qui jadis fit trembler la pierre du tombeau et qui aujourd’hui essuie nos larmes, que je viens vers vous, Vénérés Pasteurs de notre Église Catholique en République Démocratique du Congo, pour vous adresser cette humble exhortation. En ces « temps favorables » (2 Cor 6, 2) où la Lumière du Christ dissipe les ténèbres de l’esprit et du cœur, je dépose entre vos saintes mains cette méditation, humble résonance de l’espérance et de la soif ardente qui habitent les cœurs des fidèles de la RDC.
Je m’adresse à vous non par présomption ni vaine gloire, mais par obéissance à la Grâce de mon Baptême et en vertu du Droit que me reconnaît la Sainte Église. Le Code du Droit Canonique, en son Canon 212 § 3, dispose en effet que les fidèles laïcs : « […] ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux Pasteurs… ».
C’est donc investi de cette coresponsabilité ecclésiale, porté par un amour filial mais brûlant d’exigence pour notre Mère l’Église, que je me tiens humblement devant vous. Alors que le tumulte fracassant de ce siècle s’acharne à étouffer le « murmure doux et léger » (1 Rois 19:12) de l’Éternel, recevez la supplication, toute aussi douce, d’un fils : ne permettez jamais que l’éclat de la Croix s’étiole derrière les paravents dérisoires des gloires éphémères. Avouons-le, nous traversons une heure de ténèbres où le monde, dans son agitation fébrile et son orgueil démesuré, prétend enfermer l’Épouse du Christ dans les geôles des « vérités terrestres ». On exige de vous que vous soyez les magistrats du Temporel, les arbitres du périssable ou les technocrates de la cité des hommes. Mais la Vérité n’est point un système, elle n’est point un décret : elle est une Personne, le Christ Vivant. Que cette méditation résonne en vos cœurs, et dans les nôtres, comme un appel solennel à l’intransigeance de la Vérité, celle qui ne plie pas, car elle appartient à l’Éternité.
I. L’ASCENSION VERS LA MONTAGNE OU LE PRIMAT DU SPIRITUEL SUR LE TEMPOREL
Vénérés Pères de la CENCO, votre mission est une ascension vers la Montagne de Dieu. Depuis l’aube de l’évangélisation sous l’État Indépendant du Congo jusqu’aux tragédies actuelles de l’Est, l’Église catholique a été l’un des rocs inébranlables et l’allié moral de notre Nation.
Cependant, l’histoire nous enseigne que le péril le plus insidieux pour les successeurs des Apôtres n’est pas la persécution par des régimes prédateurs, mais la sécularisation de leur autorité spirituelle.Votre juridiction n’est pas de ce monde ; elle procède d’un ordre supérieur. Comme nous le rappelle l’Apôtre : « Le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jn 2, 17).
Pourquoi dès lors redescendre dans les vallées fangeuses des ténèbres politiques et partisanes, quand la voix du Maître vous appelle aux sommets de la Grâce ?
A. De la Colonisation à l’Indépendance : le piège de l’Immanence
L’histoire de la RDC est celle d’une dépossession permanente : hier par le caoutchouc et l’ivoire, aujourd’hui par le coltan et les minerais du sang. Dans cette tragédie, l’évêque a souvent été contraint de suppléer un peu à l’absence de l’État. Mais attention, Vénérés Pasteurs ! Si l’Église a sauvé quelques pans du social, elle ne doit pas s’y dissoudre.
En devenant les acteurs principaux du jeu politique, des années 60 aux transitions sans fin, le risque est grand de voir la Mitre se confondre avec le casque de l’Activiste. Saint Jean-Paul II, dans son Exhortation Pastores Gregis, souligne que l’évêque est avant tout le témoin de la vérité divine et catholique dont la mission fondamentale est d’annoncer la Parole d’une manière qualifiée.
Si vous vous laissez absorber par les stratégies des camps, qui rappellera au peuple congolais que notre patrie véritable est aux Cieux ? Le pouvoir des clés que vous portez n’a pas été forgé pour ouvrir les verrous des bureaux ministériels, mais pour délier les âmes enchaînées par le péché.
B. L’Oracle de l’Éternel face au Tintamarre partisan
Vénérés Pères de la CENCO, votre parole ne peut se réduire à un simple commentaire des faits divers ou à une énième médiation entre factions rivales. Elle doit être l’Oracle de l’Éternel. La vérité du Christ n’est pas une vérité de sondage, de consensus électoral ou des « dialogues’’ ; elle est une Vérité de Salut.
Le Concile Vatican II, dans Gaudium et Spes (76, 2-3), affirme avec une clarté souveraine : « L’Église qui, en raison de sa charge et de sa compétence, ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique, est à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine.
Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes ».
Votre autorité ne vient pas d’un mandat populaire ou d’une légitimité démocratique, toujours fragile au Congo, mais du Christ et de la succession apostolique. Pourquoi ternir l’éclat de votre mission apostolique par la poussière des tractations humaines ? Ne permettez pas que la voix de l’Évangile soit étouffée par le « tintamarre » assourdissant des langages du monde.
La vérité du salut est ontologiquement supérieure à la vérité du pain, car l’homme congolais ne vit pas seulement de réformes administratives, mais de la Gloire de Dieu.
C. Le Refus d’être des « Sapeurs-pompiers politiques »
Le Christ a été explicite : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18, 36). Si votre parole finit par se calquer sur celle des contestataires, quelle espérance transcendante restera-t-il au « petit peuple » qui attend de vous la Parole de vie et non des communiqués de presse politiques ? Gaudium et Spes (76, 4) est clair : « Il faut en effet que tous ceux qui se vouent au ministère de la parole divine utilisent les voies et les moyens propres à l’Évangile qui, sur bien des points, sont autres que ceux de la cité terrestre ».
L’Église en RDC ne doit pas devenir une simple institution de secours, une « Super-ONG » ou une annexe des Nations Unies. Vous n’êtes ni des sapeurs-pompiers politiques, ni des secouristes sociaux chargés d’éteindre les incendies allumés par la cupidité des hommes. Vous êtes les Apôtres de la Lumière.
Votre rôle est de rappeler aux puissants de Kinshasa et d’ailleurs que leur gloire est une « fumée » (Ps 102, 4) qui se dissipe face au Jugement de Dieu, une poussière qui retournera à la poussière (Gn 3, 19).
La distance entre l’apostolique et le politique n’est pas une fuite, c’est la condition de votre liberté prophétique. En restant sur la Montagne, vous voyez plus loin, c’est-à-dire au-delà de l’aveuglement immédiat et des prismes conjecturaux. Vous jugez l’histoire sans vous y dissoudre. Saint Jean Chrysostome tonnait contre ceux qui ne voyaient dans l’autel qu’une table de pierre.
De même, ne voyez pas dans la RDC qu’un terrain de luttes de pouvoir et de positionnement. Vos homélies et vos paroles doivent être des échelles de Jacob, arrachant le Congolais à la contemplation de ses misères pour le tourner vers le Ressuscité.
C’est à ce prix, et à ce prix seul, que l’Église restera l’Épouse immaculée qui montre le Ciel au milieu des ruines de la terre.
II. LA VÉRITÉ DE LA CROIX CONTRE L’ILLUSION DU SPECTACLEA.
Le terrain contre les réseaux sociaux Vénérés pères, Aimer en vérité est un acte de dépouillement, de la Kénose. C’est ici que votre mission se distingue radicalement de celle des leaders d’opinion. La vérité de l’amour s’incarne dans la présence physique, le souffle partagé, la main tendue. Votre mission se mesure à la poussière de vos sandales et non à l’éclat des projecteurs. Le Christ n’a pas sauvé le monde par un écran, mais en touchant le lépreux. L’évangile s’annonce dans la sueur des fronts, les cris des affamées et le silence des villages, pas dans le tumulte narcissique des réseaux sociaux. Vous êtes des pasteurs du peuple de Dieu. Ne confondez pas la Chaire de Vérité avec le plateau de télévision. Un écran ne peut pas transmettre l’odeur des brebis. La télévision crée des téléspectateurs qui consomment une image, la Croix crée des disciples qui portent une vie et proclament une espérance. Soyez des bergers du terrain et non des prélats des écrans.
Notre peuple a soif de pasteurs dont les mains portent l’Écriture Sainte au cœur des quartiers populaires et dans la solitude des brousses et des plaines, plutôt que de voir leurs voix s’épuiser dans l’arène stérile des joutes médiatiques et des micros.
B. L’Autel contre le Studio : ’’Ex Opere Operato’’ et le mystère du Calvaire
Vénérés Pères, n’oubliez jamais que l’efficacité de votre ministère agit ex opere operato. C’est le Christ qui baptise, c’est le Christ qui pardonne, c’est le Christ qui sanctifie par son sang précieux à travers vos mains, indépendamment de votre éclat personnel ou de votre aura médiatique. En cherchant à briller sous les projecteurs des studios, vous risquez de substituer le prestige éphémère de l’homme à l’efficacité éternelle du Sacrement. Il existe un abîme infranchissable entre le sacerdoce et le spectacle, une ligne de partage des eaux entre la folie de la Croix et la séduction éphémère du « show-biz » ecclésial. Car si la Croix est faite d’un bois rugueux, solitaire et impopulaire, le spectacle, lui, n’est qu’un artifice qui cherche à plaire, à rassurer et à scintiller sous le feu des projecteurs ou dans l’encre complaisante des chroniques. Prenez bien garde, Vénérés Pasteurs : l’évêque qui consent à devenir une « star » médiatique s’expose au péril de devenir l’idole de lui-même. Ce qui est une forme moderne du pélagianisme.
Le Pape François dans Evangelii Gaudium, n. 94, vous met en garde contre le « néo-pélagianisme autoréférentiel et prométhéen de ceux qui, en définitive, font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique justement propre au passé. C’est une présumée sécurité doctrinale ou disciplinaire qui donne lieu à un élitisme narcissique et autoritaire, où, au lieu d’évangéliser, on analyse et classifie les autres, et, au lieu de faciliter l’accès à la grâce, les énergies s’usent dans le contrôle ».
Saint Jean Chrysostome nous l’enseignait déjà avec sévérité : l’Église n’est pas un théâtre. Ne soyez pas les prélats d’une gloire cathodique, par l’image qui s’évanouit d’une simple pression sur un bouton de télécommande, mais les bergers d’une gloire éternelle. La véritable dignité d’un évêque ne se lit pas sur un écran ni sur son carnet de contacts, elle s’inscrit dans les stigmates reçus pour son troupeau. Comme nous le souffle la petite Thérèse de l’Enfant Jésus depuis son silence cloîtré, c’est dans le secret de l’amour que les âmes sont sauvées, et non dans le fracas des tribunes ou l’éclat trompeur des vaines publicités du siècle.
III. LA TUNIQUE SANS COUTURE : VOTRE UNITÉ, SACREMENT POUR LA NATION
Votre communion organique constitue l’archétype ecclésial du vivre-ensemble. Dans le mystère de la communion des saints, il existe une corrélation profonde entre votre unité et l’intégrité de notre terre : si le Collège se fragmente, le Congo se déchire ; si vous demeurez unanimes dans la charité, la Nation se relève. Les fidèles, dont le cri monte des terres martyres de l’Est, ainsi que toute conscience droite, réclament avec insistance cette unité organique, écho de la prière sacerdotale du Seigneur : « Qu’ils soient un pour que le monde croie » (Jn 17, 21).Votre concorde fraternelle est le premier kérygme adressé à un peuple meurtri. Dans un pays balafré par les agressions et les pillages, votre unité doit demeurer cette digue sacramentelle que nulle fureur séculière ne saurait rompre. Car, si des fissures altèrent votre collège sacré, ou si des inclinaisons séculières s’immiscent dans le sanctuaire de vos délibérations, c’est le Corps Mystique du Christ qui endure une nouvelle Passion sur le sol congolais. Vous êtes appelés à une communion mystique profonde et transcendante, celle qui sublime les particularismes provinciaux pour ne considérer que l’indivisibilité du Troupeau souffrant.Que votre fraternité ne soit point un décor de circonstance, mais une réalité vivante. L’amour de la Patrie, en cette heure de péril, se vérifie dans votre aptitude à ériger, d’une seule voix, une barrière inexpugnable contre la corruption, la haine et les velléités de balkanisation.
Le Magistère, par la voix du Pape Benoît XVI, nous enseigne que l’amour demeure l’âme de toute société, fût-elle la plus juste (Deus Caritas Est, n. 28b). Car là où la justice fixe les droits, seule l’amour reconnaît les visages. En tant que dispensateurs de la Grâce, votre mission est de restaurer l’alliance de l’homme avec Dieu, condition première et décisive pour que le Congolais, par-delà les lignes de front, reconnaisse enfin en son prochain un frère et une sœur.
IV. OREMUS – PRIONS POUR NOS ÉVÊQUESÔ
Christ Ressuscité, Grand Prêtre des biens éternels, garde nos Pasteurs. Donne-leur de mépriser les honneurs de ce monde pour ne brûler que pour Toi. Qu’ils se rappellent que leur trône est une Croix et leur couronne une obéissance à ta Parole.Par l’intercession de Saint Augustin, Accorde-leur, Seigneur, de ne pas se laisser séduire par les « cités terrestres » qui se bâtissent sans Toi. Qu’ils soient des instruments de paix, non par des compromis humains, mais par l’infusion de ta Vérité qui seule brise les cœurs de pierre. Pour ton Amour, Donne-leur la force de substituer au script des hommes l’Oracle de l’Éternel. Que leur parole soit l’épée qui transperce les ténèbres. Qu’ils ne soient plus les intendants d’un rite, mais les hosties vivantes consumées par l’Amour du Divin.Par le sang des Martyrs du Congo, Scelle l’unité de leur Collège dans une indéfectible charité. Qu’ils soient un seul corps, une seule âme, un seul rempart. Que leur fraternité soit le phare guidant notre Nation vers les rivages où l’Éternité efface toute frontière. Vierge Marie, Étoile de l’Évangélisation, Reine du Congo, protège tes fils. Enveloppe-les du manteau de Ta tendresse. Que l’Amour de la Vérité soit leur unique boussole. Et que leurs Egos s’effacent pour que seul Ton Fils resplendisse.Saint Joseph, Père et Protecteur de la famille et de l’Église, obtient pour nos Pères Évêques la grâce de ce silence qui t’a permis d’être à l’écoute du monde, de l’autre et de Dieu, et la grâce de cette obéissance qui t’a permis de toujours faire la sainte volonté de Dieu et de ne jamais céder à la volonté des hommes pécheurs.Avec toute ma révérence pour vous, Vénérés Pasteurs de la CENCO.
Fait à Kinshasa, sous le signe de la Vérité et de l’Espérance Pascales
Mathieu NTOLO MUTATAYI









