Il s’appelle Papa Prospère Dile Bataga. Jeune garçon de 33 ans, menuisier de formation, il a choisi de gagner dignement sa vie en fabriquant des cercueils. Un métier difficile, souvent incompris, mais essentiel, un espoir pour la jeunesse.
Pendant la sombre période d’Ebola qui a frappé notre province, c’est vers son atelier que se tournaient les familles en deuil pour enterrer dignement leurs membres arrachés par la maladie. Il a fabriqué beaucoup, avec douleur, mais avec respect pour chaque famille.
Au lieu de profiter seul de cette activité, papa Prospère a eu une vision plus grande. Il a ouvert les portes de son atelier à plus de 20 jeunes filles et garçons déplacés de guerre venus se réfugier à Bunia. Sans emploi, désespérés, ces jeunes ont trouvé chez lui une occupation, une formation et un encadrement. Dans son atelier, il ne fabrique pas seulement des cercueils, il fabrique aussi des hommes et des femmes responsables, à travers les œuvres de ses mains.
Son combat va au-delà du bois. Pour papa Prospère, le travail est la meilleure arme contre l’esprit de tribalisme et contre l’enrôlement des jeunes dans les groupes armés. Il passe ses journées à parler à ces jeunes, à chasser la haine tribale de leur tête et à les inviter à travailler dur pour assurer leur indépendance et préparer leur futur.
« Un jeune qui travaille n’a pas le temps de prendre une arme », aime-t-il répéter.
Aujourd’hui, il lance un appel vibrant à d’autres jeunes de Bunia pour le rejoindre. Travailler ensemble, apprendre ensemble, pour le développement de la province de l’Ituri. Il gagne sa vie avec ça, oui, mais il gagne surtout le respect de toute une communauté. Il prouve qu’on peut réussir sans voler, sans tuer, juste avec ses deux mains et sa volonté.
Plus qu’un menuisier, papa Prospère est aussi un acteur de la lutte contre Ebola. Pendant cette période, il prodigue des conseils précieux aux familles qui viennent acheter les cercueils pour éviter la contamination et stopper la chaîne de transmission. Se laver les mains, ne pas toucher le corps sans protection, écouter le corps soignant. À travers son métier, il sensibilise, il protège et il nous rappelle que même face à la mort, on peut choisir de servir la vie.
Olivier bulamuzi nobirabo









