Quatre mois après la résurgence de l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC), les indicateurs de surveillance montrent une évolution favorable. C’est ce qu’a affirmé le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et membre de la Task Force présidentielle.
Le virologue congolais s’est exprimé lors d’un briefing de presse coanimé avec le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, et le professeur Placide Mbala, directeur de la Recherche, des Essais cliniques et de l’Innovation à Africa CDC.
« Je viens ici lancer un message d’espoir pour dire que nous commençons à maîtriser les paramètres de notre épidémie. Je reviens d’une mission de quatre jours à Bunia. J’étais plutôt agréablement surpris de n’entendre qu’un cri de pleurs d’une femme. Je n’ai pas vu de corbillard, ni d’ambulance dans tous ces centres. Je me demandais : où est l’épidémie en question ? Ce qui veut dire que le nombre de décès a baissé dans ces hôpitaux. C’est la conclusion que j’ai tirée », a déclaré le professeur Muyembe.
Les communautés commencent à mieux comprendre la maladie
À l’issue de sa visite dans plusieurs centres d’essais cliniques, le professeur Muyembe a également relevé une évolution positive dans le comportement des communautés touchées par l’épidémie.
« Nous avons constaté que les communautés commencent à prendre conscience de cette maladie, surtout de la manière de l’éviter », a-t-il expliqué.
Il a notamment indiqué que certains contacts identifiés dans les communautés se rendent désormais spontanément dans les centres de traitement et de prophylaxie.
« J’ai visité le centre d’essai clinique. Nous avons constaté que des contacts dans les communautés viennent d’eux-mêmes aux centres de traitement et surtout au centre de prophylaxie », a-t-il précisé.
Le scientifique a, par ailleurs, salué le dispositif de coordination mis en place sur le terrain, avec un incident manager entouré de différents partenaires impliqués dans la riposte, notamment Africa CDC.
Le suivi des contacts passe de moins de 40 % à plus de 80 %
Le professeur Jean-Jacques Muyembe a également évoqué l’amélioration significative de plusieurs indicateurs de surveillance de l’épidémie.
« Nous avons aussi constaté que certains indicateurs de la surveillance sont nettement améliorés. Par exemple, le listage exhaustif des contacts et le suivi des contacts sont passés de moins de 40 % à maintenant plus de 80 %. Donc, plus de 80 % des contacts des cas positifs sont réellement suivis pendant 21 jours », a-t-il fait savoir.
Selon lui, le renforcement du dispositif de laboratoire constitue également un élément important dans la riposte, puisqu’il permet de détecter plus rapidement les cas suspects et d’améliorer leur prise en charge.
« Nous sommes partis de deux laboratoires, un à Kinshasa et un à Bunia, à 24 laboratoires actuellement », a-t-il indiqué.
Le taux de positivité passe de 60 % à 20-25 %
Le professeur Muyembe a surtout mis en avant l’évolution du taux de positivité des échantillons prélevés sur les personnes suspectées d’être infectées.
« Sur 100 échantillons prélevés sur les malades suspects, au début, c’était 60 % de positivité. Et aujourd’hui, sur 100 échantillons, c’est entre 20 % et 25 % de positivité. Ça montre qu’il y a quelque chose qui change. Il y a une nette amélioration dans la gestion de l’épidémie et une nette amélioration des paramètres », a affirmé le directeur général de l’INRB.
Muyembe appelle à maintenir la vigilance
Avant de clore son intervention, le professeur Jean-Jacques Muyembe a insisté sur la nécessité de maintenir les efforts de sensibilisation et de renforcer la prise de conscience au sein des communautés affectées.
« Nous voulons que la population puisse avoir cette conscience que cette maladie existe et qu’on peut l’éviter très facilement. Car elle se transmet au contact avec les liquides corporels, même avec la peau des cadavres. La population a compris et commence à éviter le contact avec les malades », a-t-il conclu.
Ce briefing de presse intervient quelques jours après une réunion multisectorielle présidée par la Première ministre, cheffe du Gouvernement, au cours de laquelle l’exécutif national a fait état d’une maîtrise de l’épidémie.









