La Haute Cour militaire a poursuivi, ce mardi 27 janvier 2025, l’examen du dossier de trahison impliquant le lieutenant-général Philémon Yav Irung, ancien chef de la Troisième zone de défense et ex-coordonnateur des opérations militaires dans la province du Nord-Kivu.
Au cours de cette audience, quatre officiers généraux ont été entendus par la juridiction en tant que renseignants. Il s’agit du lieutenant-général Ndima Kongba Constant, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu, du général-major Ekenge Bomusa Efomi Sylvain, ancien conseiller en communication dudit gouverneur, du général de brigade Yangba Tene Dany, ancien conseiller au gouvernorat militaire, ainsi que du général de brigade Mwehu Lumbu Evariste, commandant du secteur opérationnel Sukola II Sud, au Sud-Kivu.
Les débats ont principalement porté sur de message téléphonique reçu du colonel Senkoko Célestin, présenté comme le secrétaire particulier du général rwandais James Kabarebe. Ce message aurait été retrouvé dans le téléphone du prévenu, selon les affirmations du Ministère public.
L’organe de poursuite soutient que le lieutenant-général Philémon Yav aurait reçu ce message avant de le montrer au général-major Cirimwami Nkuba Peter, alors commandant du secteur opérationnel Sukola II Nord-Kivu.
Rédigé en langue swahili, le message évoquait, selon l’accusation, l’existence d’un plan de stabilisation de la RDC prétendument entravé par le général Cirimwami.
Pour le Ministère public, cette démarche s’inscrivait dans une tentative de manipulation visant à rallier le général Cirimwami à une cause hostile aux intérêts de la République.
À la barre, les trois premiers renseignants ont indiqué avoir eu connaissance de l’existence de ce message, sans toutefois l’avoir consulté directement. Le lieutenant-général Ndima Kongba Constant a notamment expliqué que le général Cirimwami lui aurait fait part de cette information lors d’un entretien, peu avant son départ du Nord-Kivu vers l’Ituri, où il devait assumer les fonctions de commandant de la 32ᵉ région militaire.
Selon ce témoignage, le général Cirimwami aurait affirmé, en présence de plusieurs conseillers, que le lieutenant-général Philémon Yav lui avait montré le message incriminé. Le lieutenant-général Ndima a précisé avoir ensuite demandé au général Ekenge, alors en déplacement à Kinshasa, de transmettre l’information à la hiérarchie militaire, notamment au chef d’état-major général des FARDC, au sous-chef d’état-major chargé des renseignements et au chef de la Maison militaire du président de la République.
Les autres renseignants entendus ont confirmé l’existence de discussions autour de ce message.
L’audience s’est également penchée sur une autre prévention retenue contre le lieutenant-général Philémon Yav, à savoir l’incitation des militaires à commettre des actes contraires à la loi.
Sur ce volet, le général de brigade Mwehu Lumbu Evariste a été entendu au sujet de propos que lui aurait tenus le prévenu, jugés démoralisants et susceptibles de saper la cohésion au sein des forces armées.
Devant la Cour, le général Mwehu a confirmé que le lieutenant-général Yav aurait tenu des paroles laissant entendre que les sacrifices consentis sur le front ne bénéficieraient pas à certains officiers, mais à d’autres groupes au sein de l’armée.
Pour mémoire, le lieutenant-général Philémon Yav Irung est poursuivi pour trahison et pour incitation des militaires à poser des actes contraires à la loi. Le Ministère public l’accuse d’avoir entretenu des contacts avec l’ennemi dans le cadre présumé d’un vaste complot visant à porter atteinte à la stabilité de la République démocratique du Congo.









